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Et les abeilles ?

Et les abeilles ?

 fr.wikipedia.org/wiki/Colony collapsed disorder

Une étude alarmante

(Source : Ministère de l'Education et de la Recherche)

Les abeilles quittent la ruche et disparaissent par millions. Le phénomène concerne la planète entière. Ce désastre écologique menace désormais l'agriculture et par conséquent la survie de l'humanité. Pourtant, bien qu'il soit multifactoriel, le déclin des colonies d'abeilles semble principalement causé par les activités de l'homme et son influence sur l'équilibre de l'écologie.

Un phénomène pas si récent

En 2006 et 2007, les Etats-Unis tirent la sonnette d'alarme: les abeilles disparaissent brutalement. En effet, à travers le monde, on enregistre une très haute mortalité d'abeilles entre fin 2006 et la fin de l'hiver 2007: des pertes de 60% des colonies aux USA et jusqu'à 90% dans certains états de l'est et du sud. 40% des ruches sont vidées au Québec, 25% des colonies sont décimées en Allemagne, à Taiwan, en Suisse, au Portugal, en Grèce et dans de nombreux autres pays européens. Pour la première fois, une estimation de la perte financière potentielle liée à la disparition des abeilles est annoncée: environ 15 milliards de dollars aux Etats-Unis seulement. Suite à cette alarmante nouvelle, les médias alertent l'opinion publique. Pourtant la disparition soudaine des abeilles est un phénomène connu depuis longtemps: depuis les années 60 au moins, lorsque fut publié la première étude poussée sur le sujet.

Le syndrome de l'effondrement des colonies, un massacre sans cadavres

Depuis le XIXè siècle, on retrouve des traces de colonies d'abeilles mortes brutalement. Mais l'épidémie actuelle présente des caractéristiques particulières. Premièrement, elle est mondiale. Deuxièmement, la disparition des abeilles est spectaculaire: pratiquement d'un jour à l'autre, la ruche est vidée et aucun cadavre n'est retrouvé. Ce syndrome d'effondrement des colonies (Colony Collapse Disorder en anglais), est décrit depuis la fin des années 70. Il se caractérise par une absence d'ouvrières, seules restent la reine qui continue de pondre et quelques très jeunes abeilles. Les rares adultes restants sont infectés de virus et de champignons, le couvain est opperculé, et on trouve des provisions de nourriture (miel et pollen) qui étrangement, ne sont pas prises d'assaut par d'autres abeilles et ne sont attaquées par les habituels parasites que très tardivement. Dans les ruches qui sont sur le point de s'effondrer, il est intéressant de remarquer que les ouvrières sont de jeunes adultes et que leur nombre n'est plus suffisant pour subvenir au besoin du couvain et que l'essaim refuse de s'alimenter de la nourriture qu'on lui apporte (syrop de mais ou autre complément).

Les causes: des abeilles attaquées de toutes parts.

Les pesticides et les produits phytosanitaires

En France, en 1993, les apiculteurs accusent une importante baisse de leur production de miel. Ils montrent alors du doigt le Gaucho, un insecticide de semence à base d'imidaclopride, récemment mis sur le marché. L'affaire fait des émules et les études scientifiques contradictoires se multiplient. Finalement, il s'avère que l'imidaclopride est une substance hautement toxique pour les abeilles et qu'on la retrouve dans le pollen des fleurs, et dans la terre des années après, même si elle n'est utilisée qu'en tant que pesticide de semence. Pourtant rien ne prouve qu'il s'agisse d'une cause directe de la disparition massive des abeilles. En effet, certaines colonies sont touchées dans des zones où le Gaucho n'est pas utilisé. Après le Gaucho, le Regent, à base de fipronile, est remis en cause et entre 1999 et 2006, les deux sont progressivement interdis sur les cultures en France. Dans tous les cas, il est clair que les abeilles sont affaiblies par tous les types de pesticides, qu'ils soient de la famille des néonicotinoides (imidaclopride, thiaméthoxame ou dothianidine), ou de la famille des pyréthrinoides comme la deltaméthrine. Ces substances affectent le système nerveux des insectes et notamment celui des abeilles qui deviennent incapables de retrouver la ruche. De la même façon, les cultures OGM qui produisent elles-mêmes leur propre insecticide, comme le mais Bt de Mon­santo, sont des sources d'empoisonnement pour les pollinisateurs.

Les parasites

Pourtant, les abeilles ne sont pas seulement menacées par des produits chimiques. Elles sont aussi attaquées par des agents plus naturels tels que les parasites de la famille des acariens. Le Varroa destructor aussi appelé le Varroa jacobsoni, arrivé en Europe dans les années 60, est un important vecteur de transmission de virus pathogènes dans les colonies d'abeilles. Ces dernières années, plus particulièrement de l'autre côté de l'Atlantique, le varroa est devenu résistant aux traitements chimiques les plus communs. C'est pourquoi il est soupçonné d'être l'une des causes de l'épidémie actuelle. Mais dans ce cas également, un lien direct de cause à effet n'a pu être établi. D'autres parasites sont des fléaux pour les colonies d'abeilles mais la plupart d'entre eux, même si leur nombre est en augmentation, étaient déjà présents et ne peuvent donc par conséquent expliquer la mortalité soudaine des abeilles.

Les champignons

Les abeilles sont aussi attaquées par des champignons, dont notamment Nosema cerenae, que l'on a retrouvé sur le corps des abeilles mortes. Récent en Europe, c'est un champignon présent depuis plus de 10 ans aux Etats-Unis qui semble être davantage un opportuniste qu'une cause réelle de l'épidémie.D'autres insectes en provenance d'Asie ou d'Afrique menacent aussi les abeilles européennes, tels que le petit coléoptère des ruches Aethina tumida et le frelon asiatique Vespa velutina nigrithorax qui s'attaque aux ruches et se répand rapidement car il n'a pas de prédateurs naturels en Europe

Les changements environnementaux et climatiques

L'homme contribue aussi à affaiblir les abeilles en restructurant les paysages et en enlevant les haies où elles nichent, en réduisant la biodiversité florale pour ne faire subsister que quelques espèces agricoles en monoculture sur des centaines d'hectares. De plus, les derniers changements climatiques entraînant, au moins pour nos contrées, des sécheresses accrues et des hivers plus doux, affaiblissent les abeilles qui sortent trop tôt de la ruche et souffrent du manque de pollens disponibles.

Des exploitations excessives ?

Les abeilles domestiques en particulier peuvent aussi parfois être victimes de formes d'agriculture productiviste. Certaines méthodes d'élevage sont intensives (transhumance constante, prélèvement de miel ou de pollen trop important) voire brutales (enfumage) et toxiques (traitement acaricide et antibiotique). Il résulte de ces pratiques jugées minoritaires par certains experts du domaine de l'apiculture - des reines épuisées au bout d'un an, au lieu de deux ou trois et des ruches affaiblies.

La pollution électromagnétique

Le dernier élément trouvé pour expliquer la disparition des abeilles est la pollution électromagnétique. Une étude allemande a montré que depuis l'avènement et la massification des téléphones portables, elle empêchait les abeilles de retrouver leur chemin car celles-ci utilisent les mêmes lon­gueurs d'ondes pour communiquer entre elles. La mise en place de la téléphonie dite de troisième génération, dont les antennes sont omniprésentes, serait une hypothèse pour expliquer pourquoi les abeilles ne rentrent pas à la ruche. De plus, ces ondes affectent fortement la capacité de résistance des abeilles qui seraient alors plus sensibles aux parasites qu'auparavant et expliquerait le déficit immunitaire relevé sur beaucoup d'entre elles.

Les synergies : des pistes très inexplorées

La plupart des études scientifiques sur les abeilles et leur surmortalité ont porté sur l'analyse de facteurs isolés les uns les autres. Pourtant, tout porte à croire que les facteurs sont multiples et que des synergies existent entre eux. Ainsi, dans le cas de la pollution électromagnétique, les abeilles affaiblies seraient ensuite détruites par les virus et autres parasites habituels.

De la même manière, les champignons qui s'attaquent aux insectes et qui sont utilisés comme arme biologique sont beaucoup plus virulents quand l'insecte est déjà affaibli par des doses sublétales d'insecticides de la classe des néonicotinoïdes.

Ainsi, il est courant de traiter des cultures avec un mélange de spores de champignons du genre Nosema et d'imidaclopride (lutte contre les sauterelles avec Nosema locustea et Nosema pyrausta contre la pyrale du maïs par exemple), dont la synergie est puissante et ravageuse. Rappelons que des doses faibles mais réelles d'imidaclopride ont été relevées dans la plupart des ruches effondrées ou non. Les champignons seraient alors des opportunistes qui profiteraient de l'affaiblissement des défenses des abeilles.

De la même manière, on sait que certains fongicides ou herbicides alliés à des insecticides peuvent accroître de manière spectaculaire la toxicité de ces derniers (plus de 1000 fois).

En bref, il semble évident que les abeilles sont exposées à des cocktails toxiques dont les effets ne se mesurent pas direc­tement, car les dosages ne sont plus ceux des premiers pesticides comme le DDT de l'après-guerre, et que les abeilles meurent de manière plus lente.

Les scientifiques américains lors de leur dernier colloque sur les abeilles l'avouent, ils ont retrouvé plusieurs types de pesticides dans les ruches et personne ne sait exactement quelles sont les synergies qui peuvent en découler.

Conséquences - Du rôle majeur des insectes pollinisateurs

La plupart des études portent sur l'abeille dite domestique, c'est à dire Apis mellifera (Europe, Afrique, Amérique, Australie) et Apis cerena (Asie méridionale et orientale). Et si ces deux espèces assurent à elles seules 85 % de la pollinisation des espèces de plantes de nos contrées, il ne faut pas qu'elles cachent ce qui arrive aux autres butineurs sauvages comme les bourdons, Bombus sp., ou d'autres insectes qui eux aussi souffrent des activités de l'homme.

Plusieurs espèces de Bombus sont menacées d'extinction, et une récente étude anglo hollandaise montre l'effondrement parallèle des populations de pollinisateurs et des plantes qui leurs sont associées sans préciser si ce sont les plantes ou les insectes qui disparaissent en premier. Avec la disparition des abeilles, c'est 65 % des plantes agricoles qui sont menacées, soit 35 % de notre alimentation. Les cultures maraîchères et fruitières dépendent par exemple à 90 voire 100 % des abeilles et déjà, les Etats-Unis ont dû impor­ter massivement des abeilles d'Australie pour leurs vergers de pommes et leurs champs de myrtilles. 80 % des plantes à fleurs dépendent de ce type d'insectes pour leur reproduction et donc pour leur survie. Si elles venaient à disparaître, le changement serait tellement énorme qu'il est impossible d'en mesurer les conséquences pour l'environnement et pour l'homme. L'abeille est considérée et utilisée comme sentinelle de l'environnement dans de nombreuses recherches actuelles. Sa disparition traduit bien l'état de la planète en ce début de XXIe siècle.

Quelles solutions aujourd'hui?

Malgré l'évidence que le modèle agricole actuel est le premier responsable de la disparition des populations de butineurs (organisation de l'espace, monoculture, produits phytosanitaires, stress intensif...), les solutions envisagées sont bien moins ambitieuses. On continue de rechercher des causes ponctuelles en étudiant les parasitoses et autres maladies, on met en place des espaces tampons sous forme de jachères fleuries (d'ailleurs parfois avec des espèces inadaptées à l'entomofaune sauvage) ou sous forme de corridors plus ou moins étendus, espérant ainsi préserver un stock suffisamment important de biodiversité pour faire face à des enjeux ultérieurs. Bref, des solutions qui risquent surtout de faire office de « rustines », le temps que d'autres dysfonctionnements majeurs apparaissent.

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